Finance

Où les riches placent-ils leur argent ?

Les grandes fortunes ne gèrent pas leur patrimoine comme un épargnant classique. Là où la majorité des ménages français concentrent leur argent sur l’immobilier résidentiel, les livrets et l’assurance-vie, les familles les plus riches structurent leurs placements autour d’une logique différente : préserver le capital sur plusieurs générations, accepter l’illiquidité et diversifier bien au-delà des marchés cotés.

Le 11e Baromètre de l’Association Française du Family Office (AFFO) et EY Société d’Avocats, publié en 2025, donne une photographie précise de ces arbitrages.

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Private equity : première classe d’actifs des grandes fortunes françaises

Selon ce baromètre AFFO/EY 2025, le private equity représente 34 % des allocations des family offices en France. Ce chiffre le place devant les actions cotées (23 %), l’immobilier d’investissement (16 %), les obligations (12 %), les liquidités (8 %) et les placements alternatifs (7 %).

Le terme private equity désigne l’investissement dans des entreprises non cotées en bourse. L’argent est immobilisé pendant plusieurs années, parfois une décennie, en échange d’un potentiel de rendement supérieur aux marchés cotés.

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Le baromètre distingue deux modes d’accès : l’investissement via des fonds spécialisés (20 % de l’allocation totale) et l’investissement direct dans des entreprises (14 %). Cette seconde catégorie inclut les club deals, où plusieurs familles fortunées co-investissent ensemble dans une société, sans passer par un fonds intermédiaire. Ce type d’opération reste inaccessible à la plupart des épargnants, car les tickets d’entrée se comptent en centaines de milliers d’euros.

Une conseillère en gestion de patrimoine devant des écrans d'analyse financière dans un bureau moderne

Actions cotées et obligations : une allocation mesurée

Avec 23 % du portefeuille en actions cotées, les grandes familles maintiennent une exposition aux marchés financiers. Elles n’y consacrent pas la majorité de leur patrimoine, à l’inverse de ce que font beaucoup de fonds de pension ou d’investisseurs institutionnels.

L’allocation en obligations (12 %) joue un rôle de stabilisateur. Ces titres de dette, émis par des États ou des entreprises, génèrent des revenus réguliers et amortissent les chocs boursiers. Pour un patrimoine de plusieurs dizaines de millions d’euros, même un rendement modeste sur la poche obligataire représente des sommes significatives en valeur absolue.

La poche de liquidités (8 %) peut sembler élevée. Elle s’explique par la nécessité de disposer de capitaux mobilisables rapidement pour saisir des opportunités, notamment en private equity ou en immobilier, où les transactions se bouclent parfois en quelques semaines.

Immobilier d’investissement des grandes fortunes : un rôle secondaire

L’immobilier ne représente que 16 % des allocations des family offices français, selon le baromètre AFFO/EY 2025. Ce chiffre contraste avec la place de la pierre dans le patrimoine moyen des Français, où elle pèse plus de la moitié de la richesse totale.

Cette différence s’explique par la structure même des grandes fortunes. Les très riches diversifient là où les ménages moyens concentrent. Un patrimoine de plusieurs millions d’euros permet d’accéder à des classes d’actifs illiquides et complexes, là où un patrimoine de quelques centaines de milliers d’euros se retrouve mécaniquement dominé par la résidence principale.

L’immobilier des grandes fortunes prend aussi des formes différentes de l’achat résidentiel classique :

  • L’immobilier commercial (bureaux, commerces, logistique), qui offre des baux longs et des rendements souvent supérieurs au résidentiel
  • Les opérations de promotion ou de rénovation lourde, où la création de valeur vient du projet lui-même et pas seulement de l’appréciation du marché
  • L’immobilier à l’étranger, utilisé à la fois comme diversification géographique et comme couverture contre le risque pays

Family office : la structure qui rend ces placements possibles

Un family office est une entité dédiée à la gestion du patrimoine d’une ou plusieurs familles fortunées. Il emploie des professionnels (gérants, fiscalistes, juristes) qui sélectionnent les investissements, négocient les conditions d’entrée et supervisent la transmission entre générations.

Cette structure change la donne sur plusieurs plans. Les frais de gestion, négociés directement avec les gérants de fonds, sont sensiblement inférieurs à ceux supportés par un investisseur particulier. L’accès à l’information est aussi différent : un family office reçoit des propositions d’investissement en private equity ou en crédit privé qui ne sont jamais présentées au grand public.

La dimension fiscale et successorale pèse lourd dans les décisions. Chaque placement est évalué après impôt et après transmission, pas uniquement sur son rendement brut. Un investissement très rentable mais mal structuré fiscalement peut s’avérer moins intéressant qu’un placement modeste logé dans une enveloppe optimisée.

Or physique et actifs tangibles

Le baromètre AFFO/EY classe les placements alternatifs à 7 % de l’allocation. Cette catégorie inclut l’or physique, les matières premières, les infrastructures ou encore les actifs liés à l’énergie. L’or, en particulier, sert de couverture contre l’inflation et les crises systémiques. Les grandes fortunes en détiennent sous forme de lingots stockés dans des coffres spécialisés, pas sous forme de produits financiers adossés à l’or.

  • L’or physique protège contre la dévaluation monétaire et ne dépend d’aucun émetteur
  • Les infrastructures (routes, réseaux, énergie) offrent des revenus indexés sur l’inflation, sur des durées très longues
  • Le crédit privé (prêts directs à des entreprises) prend une place croissante, car il combine rendement régulier et faible corrélation avec les marchés boursiers

Deux professionnels discutent d'un portefeuille d'investissement diversifié dans une salle de réunion bancaire haut de gamme

La répartition des placements des grandes fortunes révèle un principe constant : la diversification prime sur la recherche du rendement maximal. Un patrimoine de plusieurs millions d’euros ne cherche pas à doubler en cinq ans. Il cherche à ne pas perdre sa valeur sur trente ans, à traverser les crises sans liquidation forcée et à se transmettre avec le moins de frottement fiscal possible.

Le private equity, devenu premier poste d’allocation devant les actions cotées et l’immobilier, traduit cette préférence pour des actifs contrôlables, peu corrélés aux marchés et accessibles uniquement à ceux qui disposent du capital et du temps nécessaires.