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Quelqu’un est-il déjà resté coincé dans l’espace ?

En juin 2024, Sunita Williams et Barry Wilmore décollent à bord du Starliner de Boeing pour une mission de huit jours vers la Station spatiale internationale. Des fuites d’hélium et des problèmes de propulseurs transforment ce court séjour en un blocage de plusieurs mois en orbite. La NASA finit par rapatrier le Starliner sans personne à bord et réorganise les rotations d’équipage pour ramener les deux astronautes via un vaisseau SpaceX.

Ce cas n’a rien d’un scénario de film catastrophe : rester coincé dans l’espace est arrivé plusieurs fois depuis les débuts du vol habité. La gestion de ces situations révèle autant les failles techniques que l’ingéniosité des protocoles de secours.

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Starliner, Soyouz, Shenzhou : les pannes qui prolongent les missions spatiales

Le cas Williams-Wilmore est le plus médiatisé, mais on peut remonter plus loin. Le cosmonaute Sergueï Krikalev est resté à bord de la station Mir bien au-delà de sa mission prévue, au début des années 1990, parce que l’effondrement de l’Union soviétique avait désorganisé le programme spatial. Son retour a été retardé faute de financement et de coordination au sol.

Plus récemment, côté chinois, un problème critique sur la station spatiale Tiangong a poussé l’agence spatiale chinoise à lancer en urgence le vaisseau Shenzhou-22, non habité, uniquement pour servir de capsule de retour. L’équipage chinois a passé 203 jours en orbite, un record national, parce que la seule option de rapatriement sûr était d’envoyer un « canot de sauvetage » depuis le sol.

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Intérieur désert d'un module de station spatiale montrant l'isolement prolongé d'un séjour dans l'espace

Le point commun entre ces situations : le vaisseau qui a amené l’équipage n’est plus fiable pour le retour. La solution passe systématiquement par l’envoi d’un autre véhicule, ce qui prend des semaines, parfois des mois.

Le concept de capsule-lifeboat

Sur l’ISS, un vaisseau Soyouz ou Crew Dragon reste en permanence amarré pour servir de canot de sauvetage. Si ce vaisseau est endommagé ou s’il y a un doute sur son intégrité, l’équipage se retrouve sans porte de sortie jusqu’à l’arrivée d’un remplacement. C’est exactement ce qui s’est passé avec le Starliner : la NASA a jugé le risque de réentrée trop élevé et a préféré faire revenir la capsule vide.

  • Le vaisseau amarré doit avoir une durée de vie certifiée en orbite, généralement limitée à quelques mois, après quoi ses systèmes de survie et ses boucliers thermiques se dégradent
  • Un lancement de remplacement nécessite un créneau orbital, un véhicule prêt et une fenêtre météo, ce qui impose des délais incompressibles
  • L’équipage bloqué continue de consommer les ressources de la station (nourriture, oxygène, eau recyclée), ce qui oblige à recalculer toute la logistique de ravitaillement

Risques concrets pour un équipage bloqué en orbite

Rester coincé dans l’espace ne signifie pas flotter dans le vide sans ressources. Sur l’ISS, les astronautes disposent d’un habitat pressurisé, de nourriture et de systèmes de recyclage d’eau. Le danger n’est pas immédiat, mais il s’accumule.

La perte musculaire et osseuse s’accélère au-delà de la durée prévue. Les programmes d’exercice physique à bord sont calibrés pour des séjours de six mois. Un prolongement non planifié signifie que le protocole médical n’a pas été dimensionné pour cette durée, et les équipements de rééducation ont leurs limites.

L’impact psychologique est moins visible mais documenté. Sunita Williams et Barry Wilmore ont déclaré après leur retour qu’ils ne savaient pas s’ils pourraient rentrer sur Terre pendant une partie de leur séjour prolongé. Cette incertitude, combinée à l’isolement et à l’impossibilité de maîtriser la situation, constitue un facteur de stress que les protocoles de soutien psychologique au sol tentent de compenser par des communications régulières.

La question de la combinaison spatiale en cas d’urgence

Si une dépressurisation touche un module de la station, l’équipage doit rejoindre le vaisseau amarré en urgence. Un équipage en surplus par rapport au nombre de places disponibles dans la capsule-lifeboat se retrouve dans une impasse technique. C’est pour cette raison que la NASA a réorganisé les rotations : chaque astronaute à bord doit avoir une place assignée dans un vaisseau de retour.

Ingénieure du contrôle de mission surveillant la trajectoire orbitale d'un astronaute coincé dans l'espace

Missions lunaires Artemis : aucun plan de sauvetage sur place

La situation devient nettement plus préoccupante dès qu’on quitte l’orbite basse. Pour les futures missions Artemis vers la Lune, des analyses récentes soulignent un problème structurel : aucune capacité de secours rapide n’existe en cas d’incident sur l’orbite lunaire ou à la surface.

En orbite terrestre, on peut envoyer un vaisseau de remplacement en quelques semaines. Vers la Lune, les fenêtres de transfert et les délais de préparation rendent cette option irréaliste. Il n’y a pas de second module de descente prêt à décoller, pas d’habitat pressurisé de réserve sur le sol lunaire, pas de rover pouvant servir d’abri de secours.

Un équipage en difficulté sur la Lune devrait compter uniquement sur la redondance de ses propres systèmes. Si le module de remontée tombe en panne, il n’existe aujourd’hui aucun scénario opérationnel de récupération. Les retours varient sur ce point entre les agences, mais le constat technique reste le même : au-delà de l’orbite basse, être coincé signifie être seul.

Ce que ces incidents changent dans la conception des missions

Chaque blocage en orbite a entraîné des modifications concrètes. Après le cas Starliner, Boeing a dû revoir la certification de son système de propulsion. La procédure chinoise de lancement accéléré d’un Shenzhou de secours est devenue un protocole de référence pour les futures rotations sur Tiangong.

  • Les agences spatiales dimensionnent désormais les réserves de consommables avec une marge pour un séjour prolongé de plusieurs mois au-delà de la durée nominale
  • La certification des capsules-lifeboats inclut des tests de vieillissement en orbite plus stricts
  • Les profils d’équipage intègrent une formation croisée sur les vaisseaux partenaires (un astronaute NASA doit pouvoir opérer un Soyouz, et inversement)

Personne n’est mort d’être resté coincé en orbite. Les tragédies du vol spatial (Apollo 1, Challenger, Columbia, Soyouz 11) sont liées à des explosions, des défaillances de pressurisation ou des accidents au lancement et à la rentrée atmosphérique, pas à un séjour prolongé. La vraie leçon de ces blocages, c’est que la redondance des véhicules de retour reste le seul filet de sécurité crédible, et qu’au-delà de l’orbite terrestre, ce filet n’existe pas encore.